De quoi Zaventem est-il le nom ?

De quoi Zaventem est-il le nom ?
Billet posté le samedi 16 août à 11:05 par Henri Goldman.

Zaventem : ainsi s’appelle une commune flamande de taille moyenne (28000 habitants), composée principalement d’une zone industrielle et de vastes lotissements résidentiels et située, d’après Mappy, à 15 km de la Grand-place de Bruxelles. En Flandre, on la place dans le Vlaamse Rand |1| ou dans la Groene Gordel |2|, ce qui permet dans les deux cas de gommer sa proximité avec la capitale honnie. Et, de fait, à part cette proximité, Zaventem est l’antithèse de Bruxelles. En témoigne sa principale sommité, Eric Van Rompuy, frère d’Herman, deuxième échevin local dans l’ordre protocolaire et député CD&V au Parlement flamand. Il fallait le voir, sur TV Brussel |3|, pontifier à propos de Bruxelles en caleçon de bain à côté de sa piscine et de sa somptueuse villa digne de celle des Pfaff. Le philosophe de la culture Eric Corijn, invité principal de l’émission dans laquelle Van Rompuy intervenait, releva le trait : les hommes politiques flamands s’expriment de façon d’autant plus péremptoire sur Bruxelles qu’ils ne voudraient surtout pas y habiter, comme d’ailleurs dans aucune autre ville.

Mais Zaventem est aussi le lieu de l’aéroport international. On n’y peut rien : à cause de ce « Z » inaugural (comme pour « Zot » ou « Zievereir » |4|) on a dû renoncer, pour de pures raisons de marketing, à la dénomination « aéroport de Zaventem ». Question de tenir son rang à côté de Fiumicino (Rome), Heathrow (Londres), Orly ou Roissy (Paris), avec un « y » nettement plus classieux comme dans Chantilly, Cheverny ou Neuilly. D’ailleurs, presque tout ce qui se passe dans la périphérie bruxelloise évoque irrésistiblement le maire de Champignac. Comme ce monsieur De Waele, bourgmestre libéral de Zellik (avec un « Z »), qui vient de trouver son heure de gloire pour avoir courageusement remplacé dans sa commune les drapeaux tricolores par des lions flamands. (C’était mon couplet de mauvais esprit francophone.)

Je ne range pas dans cette catégorie folklorique la pagaille de cette semaine, quand une grève spontanée des bagagistes d’Aviapartner et de Flightcare a perturbé le départ en vacances de milliers de personnes. Ce n’était pas comique. C’était tragique. Le désespoir des vacanciers se transformait en colère contre les grévistes, alors que, sociologiquement, ils se ressemblent et qu’à leur place, ils auraient sans doute agi de la même façon. Quand on n’a pas trop d’enfants, ça revient désormais moins cher de réserver chez Neckermann des vacances all in à Hammamet ou Hurghada que de louer à Blankenberge. Les vacances en avion, c’est presque devenu le bas de gamme, juste au-dessus que de rester chez soi.

À cette occasion, on a ressorti toute la panoplie rhétorique sur le service minimum et les « vacanciers pris en otage » (par exemple à la une du Soir, 12 août) |5|. Personne ne devrait pourtant s’étonner que ce soit précisément au moment de plus grande affluence que les travailleurs de l’aéroport, dont les effectifs ont été drastiquement réduits depuis la faillite de la Sabena, ressentent le burn out au-delà du supportable. Le tragique de la situation, c’est que leur exaspération les confronte physiquement à d’autres travailleurs transformés en touristes le temps de leurs congés payés, alors que toute grève dans les services publics a besoin du soutien de la population autant que d’oxygène.

De plus en plus, l’accès à une série de biens abordables se paie de la surexploitation de leurs producteurs. Ainsi, on apprend que des multinationales vont quitter la Chine « communiste », où les travailleurs commenceraient à revendiquer, pour s’installer au Vietnam « socialiste » nettement moins regardant. S’agissant des transports aériens, le coût réduit se paie aussi sur le dos des générations futures via la détaxation du kérosène, alors que l’avion est de très loin le moyen de transport le plus polluant par unité transportée. En s’enfonçant tête baissée dans la spirale consumériste comme si de rien n’était, l’humanité pousse toujours plus loin le bouchon du masochisme schizophrène.

Si le concept de « décroissance » devait trouver quelque part une illustration, c’est bien là. En attendant, Zaventem est donc le nom d’un lieu où s’imbriquent toutes les contradictions du nouveau siècle, les micros, belgo-belges, et les macros, mondiales.

http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/20080816_de_quoi_zaventem_est_il.html