Lettre d’Isabelle Durant aux habitants de l’Oostrand

Chère Madame,
Cher Monsieur,

Comme de très nombreux autres habitants de Woluwé, Auderghem, Crainhem et Wezembeek-Oppem, vous m’avez adressé des messages, sur le ton de la colère
ou de l’exaspération, pour me faire savoir (ou à me mettre en copie des personnes desquelles vous espérez un sursaut) combien ces dernières semaines et particulièrement le week-end dernier ont été pénibles en raison des survols incessants, de jour comme de nuit, y compris en l’absence de vent d’Est.

De toute évidence, on en est arrivé à une situation où l’Oostrand est survolé de façon de plus en plus systématique le week-end. Tout se passe comme si la périphérie Est devait être survolée le samedi et le dimanche, quel que soit le « programme » prévu par le plan de dispersion du Gouvernement et que les conditions de vent le requièrent ou non. Sans trop d’illusion sur sa réponse, Ecolo interrogera le Ministre Anciaux cette semaine pour connaître les raisons de cette concentration totale du trafic du week-end sur les pistes 02 et 20.

Ayant relu attentivement l’accord gouvernemental de décembre 2003 sur le plan de dispersion, nous craignons cependant que sa réponse ne souligne une fois de plus l’attentisme des partis francophones de la majorité dans
ce dossier. En effet, cet accord, dont nous n’avons jamais cessé de dénoncer la complexité et l’absurdité, prévoit un mécanisme de compensation dont on commence peut-être aujourd’hui à mesurer les effets:

si pour des raisons météorologiques, une zone n’a pas pu être survolée au jour et aux heures prévus, les opérateurs sont censés veiller à ce que les survols non supportés soient « rattrapés » ultérieurement. Ce n’est plus du zèle, c’est du vice!

Cette dispersion concentrée est évidemment un choix désastreux du gouvernement fédéral. Comme l’est d’ailleurs celui d’une répartition soi-disant équitable qui ne tient pas compte des densités de population.

J’en veux entre autres pour preuve la réaction des contrôleurs aériens français d’Orly que j’ai rencontrés vendredi dernier avec une collègue française, députée européenne qui milite comme moi en faveur d’une interdiction des vols de nuit au niveau européen et pour des alternatives au « tout à l’aviation qui ne paye pas ses coûts environnementaux ». Vous trouverez ci-joint et ci-dessous un bref compte-rendu de cette rencontre, paru ce matin même dans La Libre Belgique. De leur point de vue de
responsable du contrôle de la circulation des avions, nous sommes aujourd’hui confrontés à des décisions paradoxales; ils ne mâchent d’ailleurs pas leur mot devant une telle complexité.

Nous avons également pu faire un rapide bilan du travail de l’ACNUSA (Autorité de contrôle des nuisances sonores des avions) mise en place en France en 2000 et qui dispose de réelles prérogatives de contrôle et de sanctions. Nous disposons là d’un modèle incontestablement pertinent pour
mettre en place une telle instance en Belgique, promise par Bert Anciaux mais dont on a entendu jusqu’ici que l’annonce…

Mes collègues d’Ecolo et moi-même sommes bien déterminés à poursuivre, dans les semaines et les mois qui viennent, notre travail de proposition et d’opposition à cette politique insensée. Aux niveaux fédéral, régional et européen. Puisqu’il s’est récemment prononcé en ce sens, je proposerai tout prochainement à Mr Jean-Luc Dehaene de faire usage de la reconnaissance dont il bénéficie au niveau européen, pour faire campagne avec moi en vue de l’interdiction des vols de nuit. Jusqu’ici, ni lui, ni
d’autres qui, dans notre pays, tiennent le même type de propos, ne se sont associés à la déclaration des parlementaires européens du Groupe des Verts en faveur d’une véritable prise en main de ce dossier par la Commission, pas plus qu’ils n’ont signé la pétition lancée par les Verts européens via le site « www.geennachtvluchten.be ».

Nous maintiendrons la pression pour une solution plus équitable dans ce domaine.

Isabelle Durant, Sénatrice