3.201 plaintes et moi et moi et moi ….

Les bourgmestres de Wemmel, Grimbergen, Meise,
Machelen et Vilvoorde ont décidé de financer une
action juridique au nom de 3.201 plaignants (du jamais
vu en Belgique). C’est l’association Actie noordrand
qui est Ă  l’origine de la dĂ©marche et qui a tout
organisé. Ils ont visiblement imaginé que des
magistrats pourraient appliquer le droit en fonction
du nombre de mécontents. Les 3.201 personnes habitent
dans des communes du noordrand qui sont dans certains
cas fort touchées par les nuisances, comme à Diegem.
Dans les autres communes qui se sont jointes Ă  la
démarche, on trouvera certainement un grand nombre de
gens qui habitent Ă  5, 7 ou 10 km et plus de
l’aĂ©roport. Ils subissent des dĂ©collages, donc des
avions par nature dispersés et parfois déjà très haut
dans le ciel. Depuis un an sous la piste 02, on aurait
pleurĂ© de joie de n’avoir « que » cela Ă  subir,
d’ailleurs les dĂ©collages en 20 et 25R sont toujours
là à Wezembeek et Kraainem. On peut très bien
comprendre qu’ils restent difficiles Ă  supporter pour
beaucoup mais la piste 02, c’est encore autre chose.
Ces avions qui descendent sur vous Ă  250m d’altitude
dans un bruit Ă  faire pĂŞter les sonomètres, c’est
vraiment horrible. Dix fois pire ! Il est probable que
près de 3.200 des 3.201 plaignants ne s’en rendent
absolument pas compte. On leur a dit que des rupins
arrogants et fransquillons de l’oostrand dĂ©versent
encore plus d’avions sur leur tĂŞte. A la question : «
alors, vous signez ou vous préférez vous laisser faire
comme des c… ? », comment voulez-vous qu’ils rĂ©pondent
non ? Ne minimisons pas les problèmes dans le
noordrand et dans l’oostrand ou Ă  Bruxelles ailleurs
que sous la piste 02 car cela ne sert Ă  rien de rendre
du mépris pour du mépris. Mais tout de même, plaignons
les juges qui vont devoir Ă©couter la litanie de
bobards basés sur des simplifications abusives
dĂ©bitĂ©es par les avocats d’Actie noordrand. Car il se
garderont bien de dire qu’en matière de bruit, un
avion n’est pas Ă©gal Ă  un avion. Les paramètres Ă 
prendre en considération pour mesurer la vraie charge
de nuisance sonore sont en fait innombrables : vols de
jour ou de nuit, altitude, atterrissages concentrés ou
décollages dispersés, quartiers densément peuplé ou
rase campagne, pics de bruit, fréquence des passages,
durée du passage, jour de semaine ou weekend, beau
temps ou pluie, perte immobilière ou non, motivation
du bruit par l’emploi ou par la volontĂ© nationaliste
flamande, incompétence plus ou moins affichée des
dĂ©cisionnaires politiques, etc … J’en oublie sĂ»rement.

RĂ©partir les nuisances sur base de l’appartenance Ă 
une région ou une identité linguistique, cela ne
pourra jamais être équitable ou équilibré. Actie
noordrand ne veut tenir compte que de la distance par
rapport aux piste, en niant l’existence des critères
de sĂ©curitĂ©, en mĂ©prisant totalement l’idĂ©e de densitĂ©
de population, en affirmant que la notion de piste
secondaire n’existe pas, en « oubliant » l’existence
de la notion de standstill et encore bien d’autres
distinctions qu’il serait nĂ©cessaire de faire. Pour
eux, la justice est comme un saucisson dont une seule
tranche les intéresse. Il la mange et jette vite le
reste Ă  la poubelle comme ça les autres n’en n’auront
pas. Je suppose qu’il faut habiter dans la rĂ©gion la
plus riche d’Europe pour penser comme cela.

Cela ne sert Ă  rien de faire croire que la dispersion
des avions permettra d’imposer Ă  chacun une charge
Ă©quivalente. C’est une idĂ©e tout Ă  fait impossible Ă 
rĂ©aliser. Ce n’est que de la dĂ©magogie. En soulageant
les victimes de la piste 02, la Cour d’Appel n’a fait
que sanctionner un abus dans une des situations oĂą il
est le plus manifeste, parmi d’autres. Les 3.201
habitants du noordrand qui portent plainte se sont
limités à signer un document sans bien comprendre tous
les aspects du problème. Mais pourquoi ne
l’auraient-ils pas fait puisqu’on ne leur a pas
demandĂ© le moindre engagement financier ? Cela n’a en
fait ni plus ni moins de valeur que s’il s’agissait
d’une pĂ©tition. Si c’ est cela la vĂ©ritable vocation
de la démarche, il aurait mieux valu ne pas tenter de
gonfler l’effet politique par le chiffre de 3.201 en
se donnant artificiellement un statut juridique de «
plaignant » au risque d’encombrer les tribunaux par
une démarche qui pourrait être jugée téméraire.
D’autant plus que la grenouille ne sera jamais plus
grosse que le bœuf. La pétition organisée dans
l’oostrand au moment de l’adoption du plan Anciaux,
avant même sa mise en place, avait rassemblé 17.500
signatures. Et encore, aujourd’hui, les personnes
mécontentes du plan de dispersion sont devenues
innombrables, que ce soit Ă  Bruxelles, dans le Brabant
flamand et dans le Brabant wallon. Faudrait-il
récolter les signatures de 25.000, 50.000 ou 100.000
pseudo plaignants pour se faire mieux entendre d’une
cour de justice ? Et après, on fera la même chose
pour le RER ou pour la pollution de l’air ? Le devoir
d’un magistrat est-t-il de se laisser impressionner
par ce type de procĂ©dĂ© ? Nous verrons bien ce qu’il en
est.

Il faut décrypter autrement le vrai sens de
l’initiative d’Actie noordrand. Au moment ou les
chiffres des médiateurs, donnés par Landuyt, montrent
que les habitants du noordrand (zone 1) ne
représentent que 11% des plaintes et 8% des
plaignants, on comprend qu’Actie noordrand soit Ă  la
recherche de moyens pour avoir l’air le plus important
possible aux yeux de l’opinion publique flamande. Le
comble est que ces «plaignants » se disaient fort
satisfaits du plan Anciaux. On comprend mal un tel
revirement de leur part car le nouveau schéma de
dispersion fixĂ© par le gouvernement n’a que très
légèrement modifié le niveau de charge sonore dans le
noordrand. Mais bon, le report ne s’est pas fait
exclusivement sur Bruxelles ni sur des communes Ă 
facilité francophones. Les motivations
communautaristes ne sont même pas cachées. Aussi bien
dans les propos des bourgmestres et Ă©chevins du
noordrand réunis en une nième croisade que sur le site
web d’Actie noordrand qui baigne dans une pĂ©nible
ambiance haineuse anti-francophones et
anti-bruxelloise. Avec en prime une très large place
donnée aux prises de position du Vlaams Belang. Est-ce
pour créer une compétition avec les autres partis
flamands (charmant procédé) ou parce que les
reprĂ©sentants d’actie noordrand sont des militants du
parti raciste d’extrĂŞme droite (ils ont les mĂŞme
méthodes) ? Mystère. Cela aussi, les juges auront à
l’apprĂ©cier. Il y a une totale confusion entre le
droit et la politique dans cette action en référé. En
tout cas dans l’esprit de ceux qui la dirigent et qui
la financent. Vous avez dit « manipulateurs » ?
Franchement, les habitants du noordrand mériteraient
d’ĂŞtre dĂ©fendus de manière plus digne et sans doute
plus efficace.

S. V.

Wezembeek-Oppem