Pour Biac, rien ne vaut Zaventem !

William Lawson

Voici la note confidentielle envoyée par Biac au gouvernement à propos du projet «Pegase».

Celui-ci vise à étendre les activités de DHL en Belgique.

InvitĂ©e par le gouvernement fĂ©dĂ©ral Ă  analyser le projet d’extension de DHL, Biac (sociĂ©tĂ© gestionnaire de l’aĂ©roport de Zaventem) vient de rendre (le 16
dĂ©cembre) un premier «draft» confidentiel Ă  Guy Verhofstadt. Le document dont nous avons eu connaissance passe en revue toutes les Ă©ventualitĂ©s pour que les ambitions de l’entreprise de courrier express se rĂ©alisent en Belgique.

-# Baptisé «Pegase», le projet se dessine en deux phases, une première allant
jusqu’en 2007 et une seconde jusqu’en 2012. Selon Biac, le projet peut se
faire à Zaventem ou ailleurs. Environ 66 hectares seront nécessaires pour la
rĂ©alisation de la première phase et l’entreprise s’engage Ă  baser 40 avions
sur le site. Pour la seconde Ă©tape, les chiffres sont 108 ha et 75 avions.
Le tonnage passerait de 312.000 tonnes traitées actuellement à 378.000
tonnes (2007) et 781.000 tonnes (2012). Le nombre de mouvements par 24
heures afficherait 80 en 2007 et 140 en 2012.
-# Les retombĂ©es de Pegase sont loin d’ĂŞtre nĂ©gligeables. Selon Biac, la contribution au Produit intĂ©rieur brut (PIB) varierait entre 1,283 milliard
et 1,535 milliard d’euros (contre environ 844 millions d’euros
actuellement). Sans Pegase, le PIB serait amputé de 163 à 195 millions
d’euros. Les retombĂ©es en termes d’impĂ´ts et autres taxes pour l’Etat belge
iraient de 310 Ă  520 millions d’euros. A dĂ©faut, les finances publiques
perdraient entre 39 et 66 millions d’euros.
-# En matière d’emplois, les chiffres avancĂ©s par Biac sont sĂ©duisants. Pegase
permettra la création de 9.600 emplois directs, entre 11.300 et 13.300
emplois indirects ou induits. Actuellement, les activités de DHL occupent
5.400 personnes en direct et entre 6.100 et 7.200 travailleurs en indirect.
Si Pegase ne se fait pas, le site de Zaventem perdrait 1.500 emplois directs
et environ 1.400 indirects ou induits.
-# Les exigences de DHL sont Ă  la hauteur de leur projet. L’entreprise demande
à utiliser simultanément deux longues pistes parallèles pour ses vols et une
capacitĂ© de rĂ©serve de terrain d’environ un million de mètres carrĂ©s. Par
ailleurs, le groupe souhaite la fin des restrictions relatives au nombre de
mouvements et sur les normes de bruit la nuit. Actuellement, le nombre des
vols de nuit à Zaventem est limité à 25.000 mouvements par an (il y en a
20100 actuellement, 23.000 mouvements sont prévus en 2007 et 34.200 en
2012). Pour couronner le tout, DHL souhaite une autorisation d’opĂ©rer Ă 
n’importe quelle heure sur une pĂ©riode d’au moins 30 ans.
-# Pour DHL, le site de Zaventem a Ă©videmment la cote pour accueillir son
extension dĂ©clinĂ©e en deux phases. Et Biac (qui est loin d’ĂŞtre neutre
puisqu’elle gère Zaventem) vante Ă©videmment aussi les bons cĂ´tĂ©s de
l’aĂ©roport national. Celui-ci est situĂ© au centre de l’Europe et abrite
actuellement le grand hub de DHL. Par ailleurs, il est proche des grandes
villes europĂ©ennes et au centre d’un rĂ©seau dense de voies de communication.
Selon Biac, la rĂ©alisation du projet Pegase n’entraĂ®nerait des
expropriations que sur 0,13 km2, concernant environ 40 maisons. En dehors du
site, il faudra exproprier quelque 20 maisons. Le coût marginal du projet
varierait entre 250 et 450 millions d’euros.
-# Biac évoque aussi les autres pistes possibles, celles des aéroports de
Chièvres, Liège-Bierset et d’Ostende susceptibles d’accueillir le projet.

A défaut de Zaventem, les responsables de Biac pencheraient plutôt pour
Chièvres et probablement qu’ils en demanderaient la gestion. A Chièvres,
environ 44.368 personnes seraient affectées par Pegase dans dix villages et
on exproprierait environ 350 maisons (notamment Ă  Bauffe). Il faudrait y
isoler quelque 400 maisons. CoĂ»t: 1,530 milliard d’euros. Biac reconnaĂ®t que
le site est bien situé (aucune restriction, faible densité de population) et
pourrait accueillir la deuxième phase du projet (entre 2011 et 2012).

© La Libre Belgique 2003