Le survol de la capitale coûte quatre à six milliards d'euros, selon l'association Free Air 4 Brussels
(08-08-2026)

Déprèciation du bâti, demande de révision du revenu cadastral, perte sur les droits d'enregistrement, etc. Tout cela pourrait mener à un manque à gagner de près de quatre milliards d'euros en 20 ans, principalement à charge de la Région et des communes.

Source : Le Soir (8 août 2026)

L’été ne signifie pas repos pour certains riverains de l’aéroport national de Bruxelles, notamment ceux qui sont survolés lors des atterrissages en procédure d’approche RNP 07L qui, depuis avril 2025, survole une partie très habitée de la Capitale. Non seulement parce que leurs barbecues et autres activités de jardinage sont rythmés de bruit de moteurs d’avion, mais aussi parce qu’ils continuent à se mobiliser pour l’arrêt de cette procédure.
Parmi ces acteurs, on retrouve l’association récente et dynamique (l’un va souvent avec l’autre) Free Air 4 Brussels qui, sans doute une première, a vu ses doléances et son appel à pétitionner relayés par le système officiel d’affichage de la commune de Molenbeek. Et le dossier continue à bouger si on pense à l’action en cessation environnementale déposée par le bourgmestre de Berchem-Sainte-Agathe, pourtant de la même couleur politique que le ministre fédéral, Jean-Luc Crucke (Engagés), en charge du dossier.
Mais l’association de riverains poursuit également ses analyses du dossier. Avec un nouveau rapport intitulé Quatre à six milliards : ce que la route RNP 07L coûte à Bruxelles. L’association rappelle que deux administrations publiques ont commandé à l’Igeat (Institut de gestion de l’environnement et d’aménagement du territoire) de l’ULB deux travaux distincts sur cette route, « tous deux accablants ». Celle du SPF montre que le choix de la route en cours (RNP 07L pour atterrir sur la piste 07 gauche en descente continue) expose huit fois plus de riverains, tandis que celle de Bruxelles Environnement souligne que « 96 % des vols empruntant la trajectoire dépassent les normes bruxelloises ».
Avec certains paradoxes : 7.500 récents habitants voient déjà leur bien perdre de la valeur. « La zone du canal et le site de Tour & Taxis ont fait l’objet, depuis quinze ans, d’une politique publique de densification résidentielle. Ces logements ont été autorisés, construits, vendus et occupés avant que la route ne soit tracée au-dessus d’eux. »

Près de 115.000 logements survolés

C’est maintenant sur la perte de valeur des 115.000 logements (dont 40.000 maisons unifamiliales) survolés que l’association s’est penchée. Avec une logique simple : survolés régulièrement, ils perdent de leur valeur, ce qui va engendrer une demande légitime de révision du revenu cadastral, mais aussi diminuer les prix de vente immobiliers (donc les taxes régionales et communales), quand ce ne sont pas des habitants qui quittent les communes concernées.
« Le précompte immobilier et les droits d’enregistrement sont, en Région bruxelloise, des recettes régionales et communales. Le fédéral n’en perçoit rien. Or, les articles 494 et 495 du CIR 92 prévoient la révision du revenu cadastral en cas de modification durable des circonstances affectant la valeur locative normale d’un bien », détaillent les riverains. « Une dépréciation documentée de 10 à 15 % constitue précisément une telle modification. »
Globalement, en se basant sur les données de Statbel, Free Air 4 Brussels estime que la valeur de l’ensemble des biens survolés peut être estimée à 34 milliards. « Les quatre communes qui pèsent le plus lourd dans le comptage – Molenbeek, Anderlecht, Jette, Ganshoren – affichent les prix médians les plus bas de la Région : de 210.000 à 220.000 euros, contre 270.000 euros en moyenne régionale. Ce n’est pas un détail. C’est un constat que la littérature scientifique documente comme un phénomène systémique, sous le nom d’injustice environnementale. »
Et si on voulait/devait isoler les maisons pour leur rendre de la valeur et, surtout, un confort de vie aux habitants, sur base (raisonnable) de 17.500 euros par habitation, il faudrait ajouter un minimum de deux milliards. Sachant que « l’isolation ne restaure pas la valeur du bien. Elle ne fait rien pour le jardin. Rien pour la terrasse. Rien pour le balcon. Rien pour la fenêtre ouverte en juillet. Rien pour la sieste d’un enfant dehors, la table dressée sous la tonnelle, la conversation dans la cour. Elle transforme un logement en abri ».
Bilan comptable potentiel de cette estimation immobilière : six milliards perdus en une vingtaine d’années, payés principalement par les habitants et la Région. « Ces coûts sont supportés à 58,7 % par la Région bruxelloise, à 41,3 % par ses communes et à 0,04 % par l’Etat fédéral – tandis que les bénéfices de l’activité aéroportuaire reviennent au niveau fédéral et à la Région flamande. »
Ce n’est qu’une étude non officielle, certes, mais les arguments sont audibles. Par certains bourgmestres certainement. Voire jusqu’en justice ?

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