Survol de Bruxelles : comment Jean-Luc Crucke va se débarrasser d’une route qui n’a rien pour elle
(15-08-2026)

La “route Crucke” continue d’agiter la région bruxelloise. Une quarantaine de familles du Brabant flamand s’ajoutent à la longue liste d’actions en justice contre le tracé aérien.

Source : Le Vif (12 août 2026)

Le gouvernement fédéral doit se prononcer
obligatoirement avant le 1?? octobre. Face à une route qui n’a (presque)
aucun avantage, peu de solutions de repli existent. Peut-être le gouvernement
arrivera-t-il à obliger les avions à faire moins de bruit.


Les ministres sont souvent bien heureux de
laisser leur nom à une décision politique. Dans ce dossier, pas sûr que
Jean-Luc Crucke, ministre fédéral de la Mobilité (Les Engagés), soit ravi qu’on
ait donné le sien à la route aérienne qui survole Bruxelles et qui crispe
autant les Bruxellois.


Cette saga dure en réalité depuis plus de vingt
ans, bien avant l’autorisation de la “route Crucke”. La dernière avancée date
de ce mardi. Dans la province du Brabant flamand, une quarantaine de familles
ont décidé de saisir la justice contre la trajectoire controversée. “La réponse
à cette situation doit être structurelle et doit venir du gouvernement”, a
réagi le ministre, qui dit “comprendre l’impatience des riverains face à un
dossier qui dure depuis des années.” Il assure qu’une décision sera prise d’ici
le 1?? octobre. Le gouvernement n’a en réalité pas d’autre choix. Le tribunal
de première instance francophone de Bruxelles a fixé cet ultimatum pour trouver
une solution, sous peine d’astreintes.


Le survol de Bruxelles : un dossier de plus de
vingt ans


Les survols autour de l’aéroport de Zaventem font
l’objet de contestations depuis de nombreuses années. Depuis au moins le début
des années 2000, nombre de riverains se plaignent de ballets incessants
d’avions au-dessus de leur habitation, même en pleine nuit. Mais les choses ont
pris une autre tournure à l’été 2025. Jean-Luc Crucke met alors en service un
nouveau tracé. Son nom technique est “route d’approche RNP 07L”. Désormais,
450.000 riverains sont exposés au survol.


Dans un premier temps, la mesure est présentée
comme une solution d’urgence en raison de travaux dans l’aéroport. Le ministre
va tout de même prolonger la route à deux reprises, jusqu’en octobre 2026, pour
l’instant. Les choses vont encore s’aggraver en 2025, alors qu’une nouvelle
procédure européenne demande aux avions de naviguer grâce à des points GPS et
non plus à l’aide de balises au sol. Ce nouveau procédé force les pilotes à
s’aligner plus tôt sur un même axe avant de se poser, rendant l’impact sur les
Bruxellois encore plus fort.


Les actions se
multiplient


Pour l’exécutif fédéral, la réponse doit être
structurelle. “Les procédures judiciaires qui se multiplient démontrent
d’ailleurs, une fois encore, qu’il n’est plus possible de reporter ce choix”,
poursuit le cabinet de Jean-Luc Crucke. Avant l’action en justice du côté
flamand, la
Région
bruxelloise
et plusieurs de ses communes sont déjà montées
au créneau. C’est le cas notamment de Molenbeek, Koekelberg, ou encore
Berchem-Sainte-Agathe, commune dirigée par… un élu Engagé : Christian
Lamouline.


Comment sortir de cette situation ? La “route
Crucke” ou RNP 07L (voir encadré) ne pourra visiblement pas être maintenue en
l’état. Le tracé n’a, pour ainsi dire, pas grand-chose en sa faveur.
L’association bruxelloise Free Air 4 Brussels a publié, début août, une
étude sur l’impact prolongé du tracé sur la capitale. Le nom, aussi sobre que
provocateur : “Quatre à six milliards : ce que nous coûte la route RNP 07L à
Bruxelles”.


Des travaux
“accablants”


L’étude est assurément militante, mais s’appuie
quand même sur des arguments et données institutionnels. Elle cite notamment
deux travaux “accablants”. Le premier, commandé par le SPF, observe que la
route actuelle expose huit fois plus de riverains que la précédente (voir
encadré). La deuxième étude, commandée par Bruxelles Environnement, démontre
que “96 % des vols empruntant la trajectoire dépasse les normes bruxelloises”
en termes de bruit. Les deux études ont été réalisée par un institut spécialisé
de l’ULB.


Pour atteindre ces milliards de perte,
l’association estime que 115.000 logements survolés ont perdu de leur valeur,
en raison du bruit incessant des avions. Les impacts sont multiples :
diminution du prix de vente, révision du revenu cadastral, voire exode des
habitants vers d’autres communes. Free Air 4 Brussels prend également en
compte les travaux d’isolation qui pourraient être réalisés dans ces logements,
afin de les rendre plus confortable. Voilà comment elle arrive à un total de
six milliards d’euros perdus en l’espace de vingt ans, si la route se maintient ?


“Des
propositions concrètes”


Le cabinet de Jean-Luc Crucke assure que “des
propositions concrètes sont en discussion sur la table du gouvernement”. Parmi
ces propositions, l’une équivaut, non pas à changer de route, mais à diminuer
le plus possible les nuisances sonores des survols, d’après des informations
récoltées par
Le
Soir
.


La solution la plus probante serait d’obliger les
avions à prendre une trajectoire de descente en courbe, plutôt que rectiligne.
Il s’agit d’une procédure généralement appliquée aux zones montagneuses, qui
demande aussi des adaptations des avions et du pilotage. L’étude commandée par
le gouvernement à ce sujet a sondé les principales compagnies aériennes
rattachées à l’aéroport. Ryanair a déjà une partie de sa flotte adaptée et
s’est donc dit plutôt ouvert à cette solution. Brussels Airlines et DHL ne sont
pas fermées à l’idée. Seul TUI “refuse catégoriquement” la solution, d’après Le
Soir. Skeyes, le gestionnaire du trafic aérien dans l’aéroport, est lui aussi
plutôt contre.


Ce sera au gouvernement de trancher, au maximum
pour le 1er octobre. Le dossier est complexe et épineux, surtout en
raison du peu de solutions d’amélioration disponible. Manifestement, le
ministre se passerait bien de l’honneur de la “route Crucke”.

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