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Des dysfonctionnements majeurs dans la sûreté de nos aéroports
(26-04-2026)
Un rapport produit par la CGSP établit de grands manquements pour la sécurité des passagers, liés à une situation administrative où les défaillances seraient systémiques .
Source : Le Soir (23 avril 2026)
Dans un rapport que Le Soir a pu consulter, la CGSP dénonce une série de manquements et de dysfonctionnements dans la sécurité aéronautique et aéroportuaire en Belgique. Le document charge lourdement la DGTA, la direction générale du Transport aérien, l’administration chargée de surveiller le bon respect des règles et des procédures dans le secteur aérien, dont le syndicat souligne des dysfonctionnements et une passivité face à des manques de contrôle du système. Des problèmes qui persisteraient toujours actuellement, malgré des rappels de la Commission européenne et de l’OACI (organisation internationale de l’aviation civile), pointe le syndicat.
La CGSP Amio estime dans ce document que le système de surveillance en Belgique est loin d’être optimum. On y parle de négligence, d’obstruction, de manque de décision, d’absence de sanction en cas de non-respect des règles, du climat social « toxique »… qui menacent, au final, la sûreté des passagers : « Une autorité qui ne surveille plus, qui ne sanctionne plus et qui ignore les alertes de terrain crée un ?trou noir? sécuritaire. Chaque faille non corrigée est une porte ouverte à des actes d’intervention illicite », appuient-ils.
Contrôleur et contrôlé en même temps
Plus concrètement, le rapport dénonce un manque de volonté de faire fonctionner le service : retard dans la mise à niveau d’un programme national de sûreté (prévu pour 2024, il serait annoncé pour 2026), manque de sanction effective en cas de non-respect des règles et, surtout, d’une trop grande tolérance de la DGTA par rapport à la gestion de l’aéroport national de Bruxelles. Les missions de service public seraient trop influencées par l’opérateur, qui serait à la fois contrôleur et contrôlé. Le rapport explique, ainsi, que c’est l’aéroport qui organise lui-même le recrutement des inspecteurs chargé de le contrôler, et qu’il fixerait leurs objectifs et leur nombre, parlant « d’influence toxique des intérêts privés ».
Autre dérive acceptée par la DGTA : la mission de contrôle et d’octroi des badges de sécurité (ceux qui permettent d’accéder à certaines zones sensibles de l’aéroport ou aux pistes) est sous-traitée, avec monopole, à une société privée. C’est elle qui doit scanner le profil des personnes avec, parfois, emploi de personnel intérimaire. « Cette pratique est alarmante à deux titres : d’une part, elle impose la divulgation de procédures internes de sûreté hautement sensibles à des individus sans lien durable avec l’institution ; d’autre part, elle fragilise la continuité de l’expertise. Confier des données stratégiques à une main-d’œuvre volatile augmente drastiquement le risque de fuite d’informations et réduit le sentiment de responsabilité propre aux missions de souveraineté. »
En conclusion, le rapport parle d’une autorité « entravée et fragilisée », « enfermée dans une inertie mortifère » que des rapports officiels n’incitent pas à réagir. « Le système actuel est un édifice de sable », et « si une tragédie devait se répéter, l’Etat ne pourrait plus invoquer la fatalité », note l’auteur du rapport. Une situation qui rappelle le contexte dans lequel, Jacqueline Galant, la ministre de la Mobilité en 2016, a dû démissionner quelques semaines après les attentats de Bruxelles. « Doit-on attendre une nouvelle démission politique pour que les choses bougent enfin ? », interroge d’ailleurs la CGSP.
Un plan « rassurant »
Dix ans après les attentats de Bruxelles, dix ans après la démission de la ministre fédérale de la Mobilité de l’époque, le syndicat remarque que des lacunes subsistent dans le système de surveillance de l’activité aérienne en Belgique.
Au cabinet de l’actuel ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), on temporise. Si l’OACI, en octobre 2025, a bel et bien réalisé un rapport très critique sur la situation belge en matière de sûreté dans le secteur aérien (classé « confidentiel », même pour le ministre), l’organisation internationale a reçu une réponse, sous forme d’un « plan d’actions correctives » en février de cette année. « La Section des audits de sûreté de l’aviation a soigneusement examiné votre plan et a jugé qu’il répond de façon satisfaisante aux recommandations de l’équipe d’audit de l’OACI. Nous sommes heureux de noter les progrès que la Belgique a accomplis pour se conformer aux normes de l’Annexe 17 ainsi que pour mettre en œuvre les éléments cruciaux d’un système national de supervision de la sûreté de l’aviation. » C’est donc rassurant. Egalement invité à réagir, le SPF Mobilité, dont la direction générale du Transport aérien dépend, n’a de son côté pas répondu aux sollicitations du Soir.
Il reste néanmoins, sans doute, à vérifier certains éléments du rapport syndical, notamment l’aspect juge et partie ainsi que la sous-traitance de certaines missions sensibles à un prestataire privé. Le climat social au sein du service resterait également préoccupant. Autant d’éléments qui ne manqueront certainement pas d’être à nouveau soulevés.
