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Les nuisances sonores des avions au-dessus de Bruxelles ouvrent un bras de fer judiciaire
(14-05-2026)
Le gouvernement bruxellois envisage d’engager des actions en justice contre l’augmentation des nuisances sonores provoquées par les avions au-dessus de la capitale. La commune flamande de Lennik saisit elle aussi la justice
Source : De Standaard (13 mai 2026)
Au cours des quatre premiers mois de cette année, Bruxelles Environnement a reçu plus de 900 plaintes pour nuisances sonores liées aux avions. C’est davantage que sur l’ensemble de 2025. Durant les dernières semaines d’avril surtout, des communes du nord-ouest de la capitale – principalement Koekelberg, Molenbeek-Saint-Jean, Laeken et Schaerbeek – ont vu passer au-dessus d’elles un nombre exceptionnellement élevé d’avions, arrivant par l’ouest et se posant sur la piste 07 gauche (07L). Le jeudi 30 avril a constitué un pic, avec 307 atterrissages sur cette piste, dont 42 de nuit. En journée, cela représente en moyenne environ un vol toutes les quatre minutes, et la nuit toutes les dix minutes.
La secrétaire d’État bruxelloise à l’Environnement, Ans Persoons (Vooruit), parle d’une « autoroute d’avions » au-dessus de certaines des communes les plus densément peuplées de Belgique. Il s’agit de quartiers qui comptent souvent plus de 25.000 habitants au kilomètre carré. En décembre, 96 pour cent de ces vols à l’arrivée ont dépassé les normes de bruit (80 décibels) à la station de mesure de Bruxelles-Ville. Le bruit « est d’un ordre qui vous oblige à interrompre une conversation avec la personne qui marche à côté de vous, le temps d’attendre que l’avion soit passé », écrivait l’ancienne sénatrice Maud Vanwalleghem dans une chronique dans De Standaard.
Selon Mme Persoons, « tous les signaux montrent que les Bruxellois ne tiennent plus ». Elle demandera au gouvernement bruxellois d’engager des actions en justice contre l’État fédéral, compétent pour les routes aériennes autour de Brussels Airport. Le gouvernement bruxellois rejoindrait ainsi les pouvoirs locaux de Koekelberg, Molenbeek, Schaerbeek, Evere et Anderlecht, qui avaient déjà annoncé vouloir saisir la justice. Le ministre-président bruxellois Boris Dilliès ne réagit pas pour l’instant.
Des vents forts
Depuis le début de l’année, 5.839 avions se sont déjà posés sur la piste 07L, montrent les chiffres du contrôleur aérien Skeyes et de l’aéroport. C’est presque autant que sur l’ensemble de l’an dernier (5.957) et près du double du nombre enregistré en 2024 (3.203). Selon le service fédéral de médiation pour l’aéroport, cela s’explique surtout par des vents forts. « Ces derniers temps, nous observons beaucoup plus souvent un vent d’est persistant », avait déclaré précédemment le directeur faisant fonction.
La nouvelle procédure d’atterrissage joue elle aussi un rôle crucial. Depuis l’an dernier, l’Europe impose d’utiliser des points GPS pour les atterrissages, et non plus des balises au sol. C’est plus sûr, mais cela a aussi pour effet que tous les avions s’alignent beaucoup plus tôt pour l’atterrissage. Les nuisances sont ainsi davantage concentrées. La route s’en est aussi trouvée quelque peu déplacée, si bien que d’autres habitants subissent les nuisances.
Le dernier recours
La périphérie ouest de la capitale en ressent elle aussi les effets. La commune de Lennik, dans le Brabant flamand, prépare des actions en justice. « La route vers la 07L ne peut être utilisée que dans des circonstances exceptionnelles, mais aujourd’hui elle l’est presque systématiquement », déclare la bourgmestre Irina De Knop (Anders). Selon elle, « il y a autre chose là-dessous » que des explications techniques. « Il semble fortement que la politique joue ici un rôle, que des routes soient déplacées au bénéfice d’autres communes », dit-elle.
À cet égard, il est frappant de constater que l’on se pose moins sur la piste 01, dont l’approche survole la périphérie sud-est (riche) mais moins densément peuplée de Bruxelles et peut parfois aussi être utilisée par vent d’est. Au cours des quatre premiers mois de cette année, il s’agissait en moyenne de 264 atterrissages par mois, contre 1.093 l’an dernier. Depuis 2016, la piste 01 avait été utilisée chaque année plus souvent que la 07L. Jusqu’ici.
Une étude récente de l’ULB, commandée par le Service public fédéral Mobilité et Transports (SPF Mobilité), a conclu que la piste 07L, compte tenu de son impact important, ne devrait être utilisée qu’« en dernier recours ». Que « ce ne soit plus le cas » a, selon l’étude, deux explications possibles : les riverains sous la trajectoire de la 01 « ont été très actifs dans la contestation (judiciaire, ndlr) des nuisances », peut-on lire. Deuxièmement, davantage d’avions peuvent atterrir et décoller par heure à Brussels Airport lorsque cela se fait sur des pistes parallèles (comme les pistes 07 gauche et 07 droite).
Le ministre compétent, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), affirme qu’« aucune décision politique n’a été prise pour favoriser ou défavoriser une zone donnée, un bourgmestre donné ou une couleur politique donnée ». Les routes sont définies par le SPF Mobilité. Le ministre a chargé le SPF d’établir « un rapport détaillé ». Celui-ci devait être finalisé en avril, mais il n’est pas encore disponible. D’éventuelles démarches suivront après sa remise, indique-t-on.
