Les risques sanitaires des nuisances sonores sont largement sous-estimés
(22-05-2026)

Dans le débat sur les routes aériennes et les vols de nuit, les coûts sociétaux et économiques de l’impact sanitaire ne peuvent être ignorés, écrivent Johan Van Laethem et Jan Pierreux.

Source : De Standaard (21 mai 2026)

Les habitants des communes de la périphérie flamande de Bruxelles et des communes bruxelloises densément peuplées comme Koekelberg, Schaerbeek, Haren et Molenbeek-Saint-Jean subissent depuis des mois, de manière régulière, un trafic aérien intense à basse altitude, y compris la nuit. Cela s’explique surtout par la nouvelle route aérienne « RNP07L ». Des mesures de bruit montrent que, dans ce contexte, les normes bruxelloises en matière de bruit sont dépassées dans 96 pour cent des cas.
Outre les conséquences bien connues de la pollution de l’air — comme les problèmes respiratoires, l’augmentation des marqueurs inflammatoires et un risque accru de naissance prématurée — les nuisances sonores ont elles aussi d’importants effets sur la santé. Ceux-ci sont liés à l’intensité du bruit (le nombre de décibels), à la durée et à la fréquence de l’exposition, et surtout au degré de perturbation du sommeil nocturne.
L’impact sanitaire des nuisances sonores chroniques est de mieux en mieux documenté. Les nuisances sonores chroniques augmentent le risque d’hypertension, de troubles du rythme cardiaque et d’infarctus. Une étude publiée dans la revue réputée European Heart Journal a montré que, chez des adultes en bonne santé, des pics nocturnes de bruit d’avion peuvent, dès après une seule nuit, altérer la fonction vasculaire, accroître la production d’adrénaline et rigidifier les artères. Les habitants des zones densément peuplées situées sous la route aérienne RNP07L subissent régulièrement de tels pics. Une autre étude menée autour de l’aéroport de Zurich a constaté que l’exposition à des niveaux élevés de bruit aérien constitue un facteur prédictif de mortalité cardiovasculaire.
La santé mentale souffre elle aussi des nuisances sonores permanentes. Le bruit de la circulation est associé à la dépression, aux troubles anxieux et aux comportements suicidaires, vraisemblablement via un stress chronique et la perturbation du sommeil et des rythmes biologiques. L’exposition chronique au bruit peut en outre, sous l’effet du stress et du manque de sommeil, entraîner un dérèglement du système immunitaire et du système nerveux, qui peut notamment se manifester par un syndrome de fatigue chronique ou une fibromyalgie (une affection caractérisée par des douleurs musculaires diffuses et une fatigue extrême). Des indices montrent aussi que les performances intellectuelles et la capacité de concentration diminuent. Selon des estimations européennes, les nuisances sonores entraînent chaque année plus de 1,5 million d’années de vie en bonne santé perdues et plus de 43.000 hospitalisations.
Les médecins généralistes et les spécialistes voient de plus en plus souvent des patients présentant des symptômes liés à une surstimulation chronique, au stress et aux troubles du sommeil. Il est en outre frappant que, dans les communes les plus touchées par la nouvelle route aérienne, vivent de nombreuses personnes au profil socio-économique vulnérable. Elles présentent déjà un risque accru de maladies cardiovasculaires et d’autres affections chroniques. Les nuisances sonores viennent s’y ajouter et peuvent faire déborder le vase.
Les enfants à naître sont eux aussi vulnérables. C’est surtout durant les derniers mois de la grossesse que le fœtus se révèle sensible à l’exposition chronique au bruit et au stress maternel.
Brussels Airport est évidemment un moteur économique important pour notre pays. Mais dans le débat sur les routes aériennes et les vols de nuit, les coûts sociétaux et économiques de l’impact sanitaire ne peuvent être ignorés.

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