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Trafic aérien incessant au-dessus de Bruxelles : la santé d’un demi-million d’habitants menacée
(06-05-2026)
La route aérienne RNP-07L au-dessus de Bruxelles affecte la vie et la santé d’un demi-million de personnes, estime Annelies Lantsoght. Pourquoi les responsables politiques n’interviennent-ils pas ?
Source : De Standaard (6 mai 2026)
Près de la moitié des Bruxellois, soit quelque 450.000 habitants, subissent les nuisances d’un trafic aérien dense depuis la mise en place de la tristement célèbre route RNP-07L, désormais aussi connue sous le nom de « route Crucke ». Dans les médias, les économistes de l’aviation s’expriment régulièrement sur le sujet, tandis que les experts de la santé restent en retrait dans le débat. Un aspect étonnamment peu abordé est la santé des personnes vivant et travaillant sous cette route aérienne.
En mai 2024, le Conseil supérieur de la santé a publié un rapport sur l’impact du trafic aérien sur 160.000 habitants. La conclusion est claire. Le bruit du trafic aérien « peut entraîner des troubles du sommeil, des difficultés d’apprentissage, de l’hypertension et de la dépression ». Aux Pays-Bas, le Conseil néerlandais de la santé était déjà parvenu en 2010 à des conclusions similaires autour de l’aéroport de Schiphol. Outre les effets précités, il relevait une aggravation de l’asthme, de la bronchite chronique, des maladies cardiovasculaires et des troubles psychiques. Depuis juin 2025, les Pays-Bas prévoient de mener une nouvelle étude sur les effets sanitaires des substances cancérigènes présentes dans les émissions des avions.
Une négligence collective
En 2024, le Conseil supérieur de la santé belge a recommandé une interdiction des vols de nuit entre 23h et 7h. Cet avis n’a manifestement pas été intégré à la politique menée. Prenons le 30 avril comme exemple. Cette nuit-là, mon sommeil a été perturbé à 2h26 par un avion. À 2h32, puis à 2h35 et à 2h43, un avion bruyant est passé au-dessus. Les vols de nuit ne sont manifestement plus des exceptions. Ils dictent notre sommeil et notre quotidien. La mise en service de la route RNP-07L s’apparente à une forme de négligence collective, parce qu’elle met en danger la santé de près de la moitié des Bruxellois.
Il est ironique que nous vivions dans la zone de basses émissions (LEZ), une zone visant à améliorer la qualité de l’air en excluant les voitures polluantes. Les citoyens qui ne respectent pas les règles reçoivent une amende. Manifestement, d’autres règles s’appliquent aux entreprises du secteur aérien. Selon le médiateur fédéral de l’aviation, plus de 95 pour cent des vols sur la RNP-07L enfreignent les normes bruxelloises en matière de nuisances sonores, ai-je lu dans Bruzz. Mais moins de 20 pour cent des amendes sont effectivement payées, selon Le Soir. D’où vient cette impunité ?
Combien d’atteintes à la santé faudra-t-il pour qu’une responsabilité politique soit engagée ? Combien de nuits sans sommeil, combien d’hypertension, combien d’enfants avec des problèmes de concentration ? Si la santé de 450.000 personnes ne suffit pas pour intervenir, qu’est-ce qui suffira ?
