Le bruit pose des problèmes cardiaques

knowablemagazine.org
12 février 2021

Tirer la sonnette d’alarme: le bruit fait mal au cĹ“ur 

Le trafic routier et aĂ©rien intense a Ă©tĂ© associĂ© Ă  un risque accru d’hypertension, de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux. Les scientifiques dĂ©couvrent de nouveaux dĂ©tails sur la façon dont ce que vous entendez sollicite le système cardiovasculaire.  

Par Cypress Hansen 12.2.2021  

En 2011, l’aĂ©roport allemand de Francfort – le plus frĂ©quentĂ© du pays – a inaugurĂ© sa quatrième piste. Cet ajout a suscitĂ© de grandes protestations, les manifestants revenant Ă  l’aĂ©roport tous les lundis pendant des annĂ©es. « Cela dĂ©truit ma vie », a dĂ©clarĂ© un manifestant Ă  Reuters un an plus tard. « Chaque fois que je vais dans mon jardin, tout ce que j’entends et vois, ce sont des avions juste au-dessus. » 

La nouvelle piste a Ă©galement permis de canaliser des dizaines d’avions directement au-dessus de la maison de Thomas MĂĽnzel, cardiologue au centre mĂ©dical universitaire de Mayence. « J’ai vĂ©cu près de l’autoroute allemande et près des voies ferrĂ©es du centre-ville », dit-il. « Le bruit des avions est de loin le plus gĂŞnant ». M. MĂĽnzel avait lu un rapport de l’Organisation mondiale de la santĂ© de 2009 Ă©tablissant un lien entre le bruit et les problèmes cardiaques, mais les preuves Ă©taient alors minces. En 2011, en partie par souci de sa propre santĂ©, il a rĂ©orientĂ© ses recherches pour en savoir plus. 

L’exposition Ă  un bruit fort est depuis longtemps liĂ©e Ă  une perte auditive. Mais le bruit des avions et des voitures ne se limite pas aux oreilles: Le bruit de la circulation est considĂ©rĂ© comme un facteur de stress physiologique majeur, après la pollution de l’air et Ă  peu près au mĂŞme titre que l’exposition Ă  la fumĂ©e secondaire et au radon. Au cours de la dernière dĂ©cennie, un nombre croissant de recherches ont Ă©tabli un lien plus direct entre le bruit du trafic aĂ©rien et routier et un risque accru de maladies cardiovasculaires, et les scientifiques commencent Ă  en dĂ©terminer les mĂ©canismes. 

Les preuves des effets physiologiques du bruit – que ce soit sur les cellules et les organes ou sur des populations entières – « se rassemblent et brossent un tableau du problème », dĂ©clare Mathias Basner, psychiatre et Ă©pidĂ©miologiste Ă  l’universitĂ© de Pennsylvanie et prĂ©sident de la Commission internationale sur les effets biologiques du bruit. Pourtant, ajoute-t-il, peu de gens sont conscients de la gravitĂ© de ce que ses collègues appellent un « tueur silencieux ». 

[Sous-titre d’un diagramme.] Le bruit de la circulation peut ĂŞtre gĂŞnant et stressant, dĂ©clenchant la libĂ©ration d’hormones du stress, dont le cortisol, l’adrĂ©naline et l’angiotensine II (ANGII). Cette rĂ©action de stress, surtout lorsqu’elle est chronique, entraĂ®ne une altĂ©ration de la chimie du sang et interfère avec le fonctionnement des vaisseaux sanguins: Une augmentation du nombre d’oxydants et de protĂ©ines nuisibles, appelĂ©s molĂ©cules d’adhĂ©sion, peut remodeler ou « activer » la paroi intĂ©rieure des vaisseaux sanguins, l’endothĂ©lium. Cette activitĂ© et l’inflammation qui l’accompagne peuvent entraĂ®ner ou exacerber un certain nombre de problèmes cardiovasculaires. 

La route des problèmes cardiaques 

Selon les estimations, environ un tiers des EuropĂ©ens et des AmĂ©ricains sont rĂ©gulièrement exposĂ©s Ă  des niveaux de bruit malsains, gĂ©nĂ©ralement dĂ©finis comme commençant Ă  environ 70 Ă  80 dĂ©cibels. Ă€ titre de comparaison, une conversation normale est gĂ©nĂ©ralement d’environ 60 dB, les voitures et les camions de 70 Ă  90 dB et les sirènes et les avions peuvent atteindre 120 dB ou plus. 

De nombreuses Ă©tudes Ă©tablissent un lien entre l’exposition chronique Ă  ce type de bruit environnemental et un risque accru de troubles cardiaques. Les personnes vivant près de l’aĂ©roport de Francfort, par exemple, ont un risque d’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral jusqu’Ă  7 % plus Ă©levĂ© que celles vivant dans des quartiers similaires mais plus calmes, selon une Ă©tude de 2018 dans Noise & Health qui a examinĂ© les donnĂ©es de santĂ© de plus d’un million de personnes. Une analyse de près de 25 000 dĂ©cès par maladie cardiovasculaire entre 2000 et 2015 parmi les personnes vivant près de l’aĂ©roport de Zurich en Suisse a rĂ©vĂ©lĂ© une augmentation significative de la mortalitĂ© nocturne après un survol d’avion, en particulier chez les femmes, a rapportĂ© l’annĂ©e dernière une Ă©quipe dans le European Heart Journal. 

Alors que les chercheurs Ă©tudient la physiologie des consĂ©quences cardiovasculaires du bruit, ils se concentrent sur un coupable : les changements spectaculaires de l’endothĂ©lium, la paroi interne des artères et des vaisseaux sanguins. Cette paroi peut passer d’un Ă©tat sain Ă  un Ă©tat « activé » et enflammĂ©, avec des ramifications potentiellement graves. 

Le chemin du bruit aux vaisseaux sanguins se dĂ©roule ainsi: Lorsque le son atteint le cerveau, il active deux rĂ©gions importantes : le cortex auditif, qui interprète le bruit, et l’amygdale, qui gère les rĂ©ponses Ă©motionnelles au bruit. Lorsque le bruit devient plus fort, et surtout pendant le sommeil, l’amygdale active la rĂ©action de fuite ou de combat du corps, mĂŞme si la personne n’en est pas consciente. 

[Sous-titre d’un diagramme: Afin d’Ă©tudier les effets du bruit nocturne sur la santĂ©, les chercheurs ont examinĂ© les donnĂ©es relatives aux dĂ©cès d’adultes vivant près de l’aĂ©roport de Zurich entre 2000 et 2015. Les personnes exposĂ©es au bruit du trafic aĂ©rien dans les deux heures prĂ©cĂ©dant leur dĂ©cès avaient plus de chances de mourir d’une crise cardiaque (infarctus du myocarde), d’une insuffisance cardiaque ou d’une arythmie (surtout chez les femmes).] 

Une fois amorcĂ©e, cette rĂ©ponse au stress libère dans l’organisme des hormones telles que l’adrĂ©naline et le cortisol : Certaines artères se resserrent, d’autres se dilatent, la pression artĂ©rielle augmente, la digestion ralentit et les sucres et les graisses inondent le sang pour une utilisation rapide par les muscles. (La rĂ©ponse peut ĂŞtre renforcĂ©e si le bruit est gĂŞnant ou hors du contrĂ´le d’une personne). La rĂ©ponse au stress en cascade entraĂ®ne Ă©galement la crĂ©ation de molĂ©cules nocives qui provoquent un stress oxydatif et une inflammation de la paroi des vaisseaux sanguins. Cet endothĂ©lium dysfonctionnel se mĂŞle Ă  la circulation sanguine et affecte de nombreux autres processus qui, lorsqu’ils sont altĂ©rĂ©s, contribuent Ă  toute une sĂ©rie de maladies cardiovasculaires, notamment l’hypertension artĂ©rielle, l’accumulation de plaque dans les artères, l’obĂ©sitĂ© et le diabète. 

Des Ă©tudes sur les humains et les souris montrent que l’endothĂ©lium ne fonctionne pas aussi bien après seulement quelques jours d’exposition nocturne au bruit des avions, ce qui suggère que les bruits forts ne sont pas une prĂ©occupation uniquement pour les personnes dĂ©jĂ  exposĂ©es Ă  des risques de problèmes cardiaques et mĂ©taboliques. Des adultes en bonne santĂ©, soumis Ă  des enregistrements de trains pendant leur sommeil, ont vu leur fonction vasculaire altĂ©rĂ©e presque immĂ©diatement, selon une Ă©tude publiĂ©e en 2019 par MĂĽnzel et ses collègues dans Basic Research in Cardiology. 

« Nous avons Ă©tĂ© surpris de constater que les jeunes, après avoir entendu ces sons pendant une seule nuit, souffraient d’un dysfonctionnement endothĂ©lial », explique M. MĂĽnzel, co-auteur d’une synthèse sur le bruit et la santĂ© cardiovasculaire dans le Annual Review of Public Health de 2020. « Nous avons toujours pensĂ© que c’Ă©tait quelque chose qui prend des annĂ©es Ă  se dĂ©velopper ». 

Les défis de la recherche 

Alors que les donnĂ©es continuent de s’accumuler, il peut ĂŞtre difficile de dĂ©mĂŞler les causes et les effets. Il n’est pas facile de mener des expĂ©riences sur le sommeil Ă  long terme ou de distinguer les effets du bruit pendant le jour et la nuit, ou les effets du bruit lui-mĂŞme par rapport aux effets combinĂ©s du bruit et de la pollution atmosphĂ©rique (qui vont souvent de pair). 

Les consĂ©quences du bruit ambiant sont Ă©galement difficiles Ă  analyser en raison de la nature subjective du son, explique Andreas Xyrichis, scientifique spĂ©cialisĂ© dans les services de santĂ© au King’s College de Londres. Xyrichis Ă©tudie les unitĂ©s de soins intensifs des hĂ´pitaux, oĂą la sonnerie des tĂ©lĂ©phones et le cliquetis des plats peuvent ĂŞtre rĂ©confortants ou nuire Ă  la guĂ©rison, selon le patient. « Nous essayons vraiment de faire cette distinction entre les niveaux de dĂ©cibels et la perception du bruit », dit-il. 

Mais malgrĂ© les questions qui restent en suspens, on reconnaĂ®t de plus en plus les liens entre la pollution sonore et une santĂ© physique rĂ©duite. Un rapport publiĂ© en 2018 par l’Organisation mondiale de la santĂ© note que chaque annĂ©e, les EuropĂ©ens de l’Ouest perdent collectivement plus de 1,6 million d’annĂ©es de vie en bonne santĂ© Ă  cause du bruit de la circulation. Ce calcul est basĂ© sur le nombre de dĂ©cès prĂ©maturĂ©s causĂ©s directement par l’exposition au bruit ainsi que sur le nombre d’annĂ©es vĂ©cues avec une invaliditĂ© ou une maladie due au bruit. 

Et ce nombre est susceptible d’augmenter: En 2018, 55 % de la population vivait dans les villes, et d’ici 2050, ce chiffre devrait atteindre près de 70 %, selon les estimations des Nations unies. 

Certains gouvernements, attentifs aux protestations du public, ont tentĂ© d’apaiser la clameur de l’urbanisation en adoptant des interdictions de vol de nuit, en encourageant les technologies plus silencieuses et en infligeant des amendes pour les plaintes liĂ©es au bruit. Les particuliers peuvent s’aider eux-mĂŞmes en veillant Ă  ce que les chambres soient aussi silencieuses que possible en modernisant les fenĂŞtres ou en accrochant des rideaux antibruit ou, s’ils peuvent se le permettre, en dĂ©mĂ©nageant dans des quartiers plus calmes. Des solutions moins coĂ»teuses, explique M. Basner, peuvent consister Ă  porter des bouchons d’oreille la nuit ou Ă  dĂ©placer les chambres dans une partie plus calme de la maison. Il estime que les gens devraient prendre de telles mesures mĂŞme s’ils ne se sentent pas particulièrement gĂŞnĂ©s par le bruit. 

« Si vous vivez Ă  Manhattan, vous ne remarquerez pas le bruit après un certain temps parce que c’est normal », dit-il. « Mais si vous vous y ĂŞtes habituĂ© psychologiquement, cela ne veut pas dire que cela n’a pas de consĂ©quences nĂ©gatives sur la santé ». 

Cypress Hansen est le stagiaire en écriture de Knowable Magazine. Adolescente, elle a assisté à suffisamment de concerts pour se retrouver avec des acouphènes, ce qui a rapidement changé sa relation avec le bruit. Suivez son @pollenplankton. 

 

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